Jeûne de viande : Ruth témoigne !

Une action de jeûne pour le climat ? J’ai trouvé tout de suite que c’est une bonne idée en termes de com, en tant que vieille pratique de protestation non-violente. Bien sûr, ce sera aux décideurs de ce monde d’avoir le courage politique de prendre les mesures qui s’imposent pour essayer d’enrayer le désastre climatique en cours. Mais mon éthique protestante ne me permet pas de me défiler de ma responsabilité personnelle. Jeûner, c’est aussi un geste spirituel : se souvenir ainsi de la nécessaire solidarité de l’humanité dans un partage plus équitable des ressources est une communion fraternelle.

Ensuite j’ai cherché à rendre quelque part « utile » mon jeûne. Et plutôt que de m’abstenir de manger une fois par mois, j’ai choisi depuis quelques temps de renoncer à consommer de la viande animale. Jusqu’au sommet de décembre déjà, après on verra. Pourquoi ce choix ?

Mère d’un fils joyeusement végétarien depuis des années, je sais comment compenser et préparer des menus végétariens délicieux. Et c’est une (modeste) façon de vivre plus sobrement, voire plus sainement, qui me convient.

Savez-vous que la production de viande est une industrie extrêmement polluante ? Pas seulement pour les plages recouvertes d’une prolifération d’algues vertes nauséabondes, mais également en termes de produits phytosanitaires plus ou moins toxiques utilisés dans la culture des aliments nourrissant les bêtes (maïs, soja…). Il y a également lieu de mentionner les antibiotiques des traitements de ces animaux fragilisés par l’élevage intensif. Tout cela se retrouve dans nos assiettes et nappes phréatiques. L’empreinte carbone de la viande est beaucoup plus élevée que celle de n’importe quelle protéine végétale ou même d’œufs, de lait. Et moi qui aime les arbres, nos poumons végétaux, je me désole de ces immenses surfaces érodées de par le monde pour en faire des prairies ou de la culture pour l’élevage. Bien des déserts de notre planète furent, avant d’être surexploitées, des magnifiques forêts foisonnantes de vie.

Dans la pratique, comment ça se passe lorsqu’on est invité ou en « déjeuner professionnel » ? Plutôt bien, les menus végétariens commencent à faire tranquillement leur entrée en France (déjà courant chez nos voisins allemands, néerlandais, suisses, anglais…). Et à défaut de menu végétarien on se rattrape sur les « accompagnements ». Sympa non, de jeûner sans avoir faim !

Ruth Wolff-Bonsirven, Juin 2015